Carrière et collaboration8 min23 octobre 2026

S’installer comme avocat à son compte après la collaboration

Déclaration à l’ordre, domiciliation, assurance, compte CARPA, CNBF : les démarches d’installation et les questions à trancher avant de quitter une collaboration (clientèle, structure d’exercice, mutualisation des frais).

Par Équipe AvocatCV

Après quelques années de collaboration, beaucoup d’avocats se posent la question de l’installation : ouvrir son propre cabinet, choisir ses dossiers, fixer ses honoraires, construire sa clientèle. Le projet est stimulant, mais il demande de trancher des questions très concrètes avant même de notifier son départ : quelle structure, quels locaux, quelles démarches, et surtout quels clients le premier mois.

Cet article déroule les étapes de l’installation : les signes qu’il est temps de se lancer, le choix de la structure d’exercice, les démarches auprès de l’ordre et des caisses, les solutions de domiciliation et de mutualisation, la constitution de la clientèle dans le respect de la déontologie, puis l’intérêt de garder un CV à jour, au cas où.

Les signes qu’il est temps de s’installer

Il n’y a pas d’ancienneté idéale. Quelques signaux indiquent pourtant que le projet est mûr.

Une clientèle personnelle déjà réelle. C’est le meilleur indicateur. Le collaborateur libéral peut développer une clientèle personnelle pendant sa collaboration ; si elle représente déjà une part significative de votre activité et de vos revenus, l’installation est moins risquée. L’article se constituer une clientèle personnelle en collaboration libérale détaille ce que permet le règlement intérieur national.

Une autonomie complète sur les dossiers. Vous gérez seul la relation avec le client, la stratégie, les audiences, la facturation.

Un réseau d’apporteurs. Confrères, experts-comptables, notaires, anciens clients, associations professionnelles : ceux qui vous enverront des dossiers.

Une réserve financière. Les premiers mois sont rarement rentables. Prévoyez de quoi couvrir vos charges et vos dépenses personnelles le temps que la facturation démarre.

Un projet clair. Une matière, une clientèle, un territoire. « M’installer » n’est pas un projet ; « assister des particuliers et des petites entreprises en droit du travail dans l’agglomération de Rennes » en est un.

Choisir sa structure d’exercice

La loi du 31 décembre 1971 et ses textes d’application ouvrent plusieurs modes d’exercice. Les plus fréquents pour une installation :

| Mode d’exercice | Ce qu’il implique | |---|---| | Exercice individuel | le plus simple ; l’avocat exerce en son nom propre, patrimoine professionnel et personnel distincts selon les règles de l’entrepreneur individuel | | Société d’exercice libéral unipersonnelle (SELARL ou SELAS) | une société dont l’avocat est seul associé ; fiscalité et protection sociale différentes, formalités plus lourdes | | Association, dont l’AARPI | plusieurs avocats exercent ensemble sans créer de société de capitaux ; responsabilité professionnelle individuelle | | Société civile professionnelle | structure historique d’exercice en commun, moins utilisée pour une installation seul |

Le choix dépend de votre niveau de revenus attendu, de votre situation personnelle, de vos projets d’association et de la fiscalité. Faites-vous accompagner par un expert-comptable habitué aux professions libérales, et interrogez votre ordre sur les formalités propres à chaque structure.

Les démarches auprès de l’ordre et des caisses

L’ordre

Vous restez inscrit au tableau de votre barreau ; ce qui change, c’est votre mode d’exercice et votre domicile professionnel. Selon l’article 15 du règlement intérieur national 🔗, l’avocat est inscrit au barreau du ressort de son cabinet principal, qui doit correspondre à un exercice effectif, dans des conditions matérielles conformes aux usages et au respect du secret professionnel. Déclarez à l’ordre :

  • votre nouveau mode d’exercice et, le cas échéant, les statuts de votre structure ;
  • votre adresse professionnelle et votre adresse électronique ;
  • vos contrats éventuels (domiciliation, partage de locaux) ;
  • vos supports de communication (site internet, nom de domaine), que le RIN impose de communiquer à l’ordre.

Le maniement de fonds

Les fonds reçus pour le compte des clients transitent par la caisse des règlements pécuniaires des avocats (CARPA) de votre barreau. Ouvrez votre sous-compte CARPA avant de traiter votre premier dossier impliquant des fonds.

L’assurance

Vérifiez la couverture de votre responsabilité civile professionnelle : la plupart des barreaux souscrivent une assurance collective, mais ses plafonds et ses garanties peuvent ne pas suffire à certaines activités. Pensez aussi à la prévoyance, à l’assurance des locaux et à la protection juridique.

Les caisses et la protection sociale

En exercice libéral, vous êtes affilié à la Caisse nationale des barreaux français (CNBF) 🔗 pour la retraite et l’invalidité-décès, et vous relevez du régime des travailleurs indépendants pour la maladie. Si vous étiez déjà collaborateur libéral, l’essentiel ne change pas ; si vous étiez salarié, les démarches sont plus importantes. Renseignez-vous également sur les cotisations ordinales et la cotisation au Conseil national des barreaux.

La facturation et la comptabilité

Ouvrez un compte bancaire professionnel, choisissez un logiciel de gestion de cabinet (temps passés, facturation, conventions d’honoraires), et organisez la tenue de votre comptabilité. La convention d’honoraires écrite est obligatoire avec chaque client, sauf exceptions prévues par les textes (urgence, aide juridictionnelle).

Domiciliation, partage de locaux, mutualisation

Les locaux pèsent lourd dans le budget d’une installation. Plusieurs solutions existent.

La domiciliation. Le RIN permet au conseil de l’ordre d’autoriser à titre temporaire un avocat à se domicilier dans des locaux affectés par l’ordre ou dans le cabinet d’un autre avocat du même barreau. Une convention écrite, approuvée par l’ordre, fixe les modalités de mise à disposition des locaux et de transmission du courrier.

La sous-location ou le partage de locaux. Plusieurs avocats partagent des bureaux, une salle de réunion, un accueil. Chacun reste indépendant ; le secret professionnel doit être organisé avec soin, puisque le RIN étend le secret aux avocats avec lesquels on met en commun des moyens d’exercice.

La société civile de moyens. Elle permet de mutualiser les dépenses (loyer, secrétariat, abonnements, matériel) entre plusieurs avocats qui exercent chacun pour leur compte.

L’exercice à domicile, lorsque le règlement intérieur du barreau l’admet, à condition de pouvoir recevoir les clients dans des conditions conformes aux usages et au secret.

Le choix dépend de votre clientèle : une clientèle de particuliers attend souvent un cabinet facilement accessible ; une clientèle d’entreprises se rencontre aussi chez elle ou à distance.

Constituer sa clientèle dans le respect de la déontologie

Partir avec sa clientèle personnelle

Votre clientèle personnelle vous suit. Les clients du cabinet que vous quittez, en revanche, restent ceux du cabinet : les principes de loyauté et de délicatesse interdisent de les démarcher. Si l’un d’eux choisit de vous confier un dossier, les règles de succession entre avocats s’appliquent. L’article quitter son cabinet : le délai de prévenance rappelle les règles du départ, et l’article contrat de collaboration libérale les clauses à relire.

Communiquer

L’article 10 du RIN autorise la publicité et la sollicitation personnalisée, sous conditions : information sincère, respect des principes essentiels, pas de démarche physique ou téléphonique, et réserve des mots « spécialiste » et « spécialisé » aux titulaires d’un certificat. Vous pouvez faire état de trois domaines d’activités dominantes au plus. Un site internet sobre, un profil professionnel en ligne à jour et une présence dans les annuaires de la profession sont souvent les premiers outils. L’article profil LinkedIn d’avocat détaille ce qu’il est possible d’y écrire.

Développer son réseau

Permanences, aide juridictionnelle, consultations gratuites, interventions dans des associations, publications, relations avec les experts-comptables et les notaires de votre territoire : la clientèle d’un avocat installé se construit sur la durée.

Garder un CV à jour pour revenir en cabinet

S’installer n’est pas un aller simple. Certains avocats rejoignent ensuite un cabinet comme associé, avec leur clientèle ; d’autres reviennent à la collaboration ou partent en entreprise. Dans tous les cas, un CV à jour est utile.

Présentez votre période d’exercice individuel comme une expérience à part entière :

  • Avant : « Avocat à mon compte depuis 2023. »
  • Après : « Avocat en exercice individuel, barreau de Rennes : création et gestion du cabinet, clientèle de particuliers et de petites entreprises en droit du travail et en droit de la famille, une cinquantaine de dossiers par an, audiences devant le conseil de prud’hommes et le juge aux affaires familiales. »

La gestion d’un cabinet (facturation, recouvrement, communication, relation client) est une compétence que les cabinets apprécient chez un futur associé. L’article CV d’avocat généraliste aide à présenter une pratique variée sans paraître dispersé. Les CV pré-remplis d’avocat en droit de la famille et d’avocat en réparation du dommage corporel montrent des profils de praticiens autonomes. Pour tenir le vôtre à jour sans y consacrer vos week-ends d’installation, le générateur d’AvocatCV gère la mise en page et produit un PDF lisible par les outils de tri des cabinets, le jour où une opportunité se présente.

Questions fréquentes

Peut-on s’installer juste après le CAPA ?

Oui, rien ne l’interdit. C’est toutefois plus difficile sans expérience de la gestion d’un dossier de bout en bout ni clientèle. La plupart des avocats s’installent après quelques années de collaboration.

Faut-il créer une société pour s’installer ?

Non. L’exercice individuel est la forme la plus simple et la plus fréquente au démarrage. Une société peut être créée plus tard, quand les revenus ou un projet d’association le justifient.

Peut-on s’installer tout en restant collaborateur à temps partiel ?

Oui, le RIN prévoit la collaboration libérale à temps partiel, qui permet de développer une activité propre tout en gardant une rétrocession. C’est une transition prudente vers l’installation.

L’ordre peut-il refuser une domiciliation ?

La domiciliation suppose une autorisation du conseil de l’ordre et une convention écrite approuvée par lui. Renseignez-vous sur les conditions propres à votre barreau avant de signer quoi que ce soit.

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