Le profil LinkedIn de l’avocat : ce que permet la déontologie
LinkedIn est devenu, pour beaucoup d’avocats, la première page consultée par un recruteur, un associé ou un client potentiel. Il ne se lit pourtant pas comme le profil d’un cadre d’entreprise. Chaque élément que vous y publiez, du titre au résumé en passant par les recommandations, relève de la communication de l’avocat au sens de l’article 10 du Règlement intérieur national (RIN), et doit donc respecter les principes essentiels de la profession.
Ce cadre n’interdit pas d’être présent et visible. Il impose en revanche une rigueur que beaucoup de profils ne respectent pas : titre « expert », clients cités, messages de prospection envoyés sans les mentions requises. Cet article reprend les règles applicables, puis montre comment construire un profil cohérent avec votre CV.
Le cadre applicable
Les textes
Trois sources encadrent la communication de l’avocat sur un réseau social :
- Le décret n° 2014-1251 du 28 octobre 2014 relatif aux modes de communication des avocats. Il a modifié le décret de 2005 relatif aux règles de déontologie pour autoriser la publicité et la sollicitation personnalisée, à condition qu’elles procurent une information sincère et respectent les principes essentiels de la profession. Ces règles figurent aujourd’hui à l’article 15 du décret n° 2023-552 du 30 juin 2023 portant code de déontologie des avocats.
- L’article 10 du RIN, qui précise les définitions, les mentions obligatoires, les mentions interdites et les règles propres à internet. Il prévoit expressément que l’avocat participant à un blog ou à un réseau social en ligne doit respecter les principes essentiels de la profession.
- Les positions des Ordres, notamment le vade-mecum de déontologie du barreau de Paris sur la communication numérique (2020), qui applique ces règles aux réseaux sociaux. Les Ordres peuvent avoir des lectures propres : en cas de doute, interrogez la commission de déontologie de votre barreau.
Publicité ou sollicitation personnalisée ?
L’article 10.1 du RIN distingue deux notions :
- La publicité personnelle : toute forme de communication destinée à promouvoir les services de l’avocat. Votre profil et vos publications en relèvent.
- La sollicitation personnalisée : toute forme de communication directe ou indirecte, dépassant la simple information, destinée à promouvoir les services d’un avocat auprès d’une personne physique ou morale déterminée. Un message privé proposant vos services à un dirigeant en relève.
La distinction a des conséquences pratiques, développées plus bas.
Ce que votre profil doit contenir
L’article 10.2 du RIN impose à l’avocat, dans toute communication et quel que soit le support, de faire état de sa qualité et de permettre de l’identifier, de le localiser, de le joindre, de connaître son barreau d’inscription, sa structure d’exercice et, le cas échéant, le réseau dont il est membre.
Sur LinkedIn, cela se traduit simplement :
- votre nom réel et la mention « Avocat » ;
- le barreau d’inscription ;
- le cabinet ou la structure d’exercice, dans la rubrique expérience ;
- un moyen de contact professionnel.
Avocat au Barreau de Bordeaux – Cabinet [nom de la structure]
Le titre : ce qui est permis
Le titre est la zone la plus lue du profil et la plus exposée aux erreurs.
Le vocabulaire de la spécialisation
L’article 10.2 du RIN réserve aux titulaires d’un certificat de spécialisation régulièrement obtenu et non invalidé l’usage des mots « spécialiste », « spécialisé », « spécialité » et « spécialisation », quel que soit le support. Notre article sur la mention de spécialisation CNB détaille la procédure pour obtenir ce titre.
Les domaines d’activités dominantes
Sans certificat, vous pouvez faire état de domaines d’activités dominantes, au nombre de trois au maximum, à condition qu’ils résultent d’une pratique professionnelle effective et habituelle (article 10.2 du RIN). Le même article prévoit que l’avocat qui communique sur ses spécialisations ou ses domaines d’activités dominantes, quel que soit le support, transmet sans délai les termes de cette communication au conseil de l’Ordre.
« Expert » et « expertise »
Le vade-mecum du barreau de Paris tolère le terme « expertise » dans les conditions applicables aux activités dominantes, mais considère que le terme « expert » est de nature à créer une confusion dans l’esprit du public.
Avant / après
Avant : Avocat spécialisé | Expert droit du travail, contentieux, RGPD, immobilier, pénal des affaires | Je défends vos intérêts
Ce titre cumule les difficultés : vocabulaire de la spécialisation sans certificat, terme « expert », cinq domaines, formule promotionnelle.
Après : Avocat au Barreau de Lille | Droit du travail, relations collectives, contentieux prud’homal
Après, avec certificat : Avocat au Barreau de Lille | Spécialiste en droit du travail (certificat CNB)
Le résumé (rubrique « Infos »)
Le résumé doit procurer une information sincère sur la nature des prestations proposées. Il peut décrire votre pratique, votre clientèle par typologie, votre manière de travailler et vos publications. Il ne peut contenir de mention comparative ou dénigrante, ni de publicité mensongère ou trompeuse (article 10.2 du RIN).
Avocat au Barreau de Nantes, j’interviens en conseil et en contentieux pour des employeurs, principalement des PME industrielles et des associations du secteur médico-social : restructurations, négociation collective, contentieux prud’homal. Je publie régulièrement sur l’actualité de la négociation collective.
À proscrire :
Le meilleur avocat en droit social de la région, des dossiers toujours gagnés.
Cette ligne cumule une mention comparative et une promesse de résultat invérifiable.
Les clients : ce qu’on ne peut pas écrire
Le secret professionnel couvre l’identité des clients. Le vade-mecum du barreau de Paris en tire des conséquences nettes :
- l’avocat ne peut permettre d’identifier directement ou indirectement ses clients, même avec leur accord ; la seule exception admise vise les appels d’offres, avec l’accord des clients concernés ;
- il n’est pas possible de faire figurer le nom de ses clients comme tel sur un réseau social ;
- le client n’est pas tenu au secret et peut révéler le nom de son avocat ou le recommander, mais il est recommandé à l’avocat de ne pas relayer ces avis par souci de publicité.
Concrètement, sur LinkedIn :
- pas de liste de clients dans le résumé ou l’expérience ;
- pas de publication du type « Ravi d’avoir accompagné [société] dans son acquisition » ;
- pas de partage promotionnel d’une recommandation rédigée par un client.
Pour évoquer vos dossiers, le vade-mecum admet le renvoi à un article de presse ou à une interview. S’agissant des décisions de justice, il pose des conditions cumulatives : accord préalable du client, anonymisation conseillée, et indication du caractère définitif de la décision ou de l’appel en cours.
Avant : Conseil de [nom d’une enseigne] dans la restructuration de son réseau de franchise.
Après : Conseil d’un réseau de magasins de bricolage dans la restructuration de ses contrats de franchise.
Les messages privés et la sollicitation personnalisée
Un message LinkedIn qui propose vos services à une personne déterminée est une sollicitation personnalisée. Le vade-mecum du barreau de Paris précise que les particularités des réseaux sociaux ne dispensent pas du respect des conditions qui s’y appliquent.
L’article 10.3 du RIN prévoit que la sollicitation personnalisée :
- prend la forme d’un message, à l’exclusion de toute démarche physique ou téléphonique ;
- exclut les messages textuels envoyés sur un téléphone mobile ;
- précise les modalités de détermination du coût de la prestation, qui fera l’objet d’une convention d’honoraires ;
- ne peut être confiée à un tiers pour contourner ces interdictions.
L’article 15 du décret du 30 juin 2023 vise, pour sa part, l’envoi postal ou le courrier électronique. Avant toute prospection par messagerie de réseau social, vérifiez la position de votre Ordre.
Un simple échange avec un confrère, une réponse à une question ou une prise de contact avec un recruteur n’est pas une sollicitation au sens de ces textes.
Les publications
Contrairement au site internet, dont l’ouverture doit être signalée au conseil de l’Ordre (article 10.5 du RIN), les publications sur les réseaux sociaux ne sont pas soumises, selon le vade-mecum du barreau de Paris, à une validation préalable. Elles restent soumises aux principes essentiels : dignité, probité, délicatesse, confraternité, modération.
Quelques repères :
- commenter une réforme ou une décision publiée est de l’information professionnelle ;
- critiquer nommément un confrère ou une juridiction expose à un manquement à la confraternité ou à la modération ;
- promouvoir une société commerciale sans lien avec votre activité est à éviter, au regard des règles d’incompatibilité.
La cohérence avec le CV
Un associé qui reçoit votre candidature consultera votre profil. Les divergences se remarquent immédiatement.
- Mêmes dates, mêmes intitulés. Si votre CV indique « Collaborateur libéral – Contentieux des affaires (2021-2025) », LinkedIn ne doit pas afficher « Senior Associate » sur la même période.
- Même vocabulaire de spécialisation. Si votre CV respecte la terminologie des activités dominantes, votre titre LinkedIn aussi.
- Même description de la clientèle, par typologie et sans nom.
- Même niveau de détail sur la formation : CAPA, master, mention.
Notre article sur le CV d’avocat qui change de cabinet détaille la mise à jour des intitulés et des dates, et l’entretien de collaboration revient sur les questions qu’un associé pose après avoir consulté votre profil.
Discrétion pendant une recherche
Si vous cherchez une nouvelle collaboration sans en informer votre cabinet, évitez d’activer publiquement les signaux de recherche d’emploi. Mettez à jour votre profil progressivement plutôt que la veille de vos entretiens.
Conclusion
Le profil LinkedIn d’un avocat est une communication professionnelle soumise à l’article 10 du RIN. Un titre exact (barreau, trois domaines au plus, pas de « spécialiste » sans certificat), un résumé sincère, aucune identification de clients, des messages de prospection conformes aux règles de la sollicitation personnalisée : ce cadre, bien appliqué, rend le profil plus crédible. Il doit enfin refléter fidèlement votre CV.
Pour aligner les deux, créez ou mettez à jour votre CV dans l’éditeur, ou partez du CV d’avocat contentieux pré-rempli.
Questions fréquentes
Un avocat peut-il se dire « spécialiste » sur LinkedIn ?
Uniquement s’il est titulaire d’un certificat de spécialisation délivré par le CNB, régulièrement obtenu et non invalidé. L’article 10.2 du RIN réserve ce vocabulaire aux titulaires, quel que soit le support. Sans certificat, utilisez la notion d’activités dominantes, dans la limite de trois domaines.
Peut-on mentionner le nom de ses clients sur LinkedIn ?
Non. Le secret professionnel couvre l’identité des clients. Le vade-mecum du barreau de Paris indique que l’avocat ne peut permettre de les identifier, même avec leur accord, sauf dans le cadre d’appels d’offres. Décrivez votre clientèle par secteur et par nature de dossiers.
Peut-on prospecter par message privé sur LinkedIn ?
Un message proposant vos services à une personne déterminée est une sollicitation personnalisée. Il doit respecter l’article 10.3 du RIN, notamment préciser les modalités de détermination des honoraires. Le décret du 30 juin 2023 visant l’envoi postal et le courrier électronique, vérifiez la position de votre Ordre avant d’utiliser une messagerie de réseau social.
Faut-il déclarer son profil LinkedIn à l’Ordre ?
Selon le vade-mecum du barreau de Paris, les publications sur les réseaux sociaux ne sont pas soumises à une validation préalable. En revanche, l’article 10.2 du RIN prévoit que la communication sur vos spécialisations ou domaines d’activités dominantes, quel que soit le support, est transmise sans délai au conseil de l’Ordre.