Un matin, une audience devant le juge aux affaires familiales ; l’après-midi, un rendez-vous avec un artisan qui conteste une facture impayée ; le lendemain, un dossier de licenciement aux prud’hommes et une permanence pénale. C’est le quotidien de beaucoup d’avocats en cabinet individuel ou en petite structure, en particulier hors des grandes métropoles. Cette pratique variée est une compétence réelle, mais elle se met mal en valeur sur un CV.
Le risque est double : paraître dispersé aux yeux d’un associé qui cherche un profil identifiable, et enfreindre la déontologie en se présentant comme « spécialisé » dans des matières où l’on n’a pas de certificat. Cet article propose une méthode pour présenter une pratique générale de façon claire et rassurante, et pour préparer, le cas échéant, une évolution vers une pratique plus ciblée.
Ce que la déontologie permet d’écrire sur ses domaines
Les mots réservés
L’article 10 du règlement intérieur national de la profession d’avocat 🔗 est très clair : seul l’avocat titulaire d’un ou plusieurs certificats de spécialisation peut utiliser, « quel qu’en soit le support », les mots « spécialiste », « spécialisé », « spécialité » ou « spécialisation ». Un CV est un support de communication comme un autre : la règle s’y applique dès lors que vous êtes inscrit au barreau.
Un avocat généraliste sans certificat ne peut donc pas écrire « spécialisé en droit de la famille et en droit du travail », même s’il traite ces dossiers depuis des années. L’article mention de spécialisation du CNB explique comment obtenir ce certificat et les conditions de pratique qu’il suppose ; la foire aux questions du CNB sur la spécialisation 🔗 répond aux questions pratiques.
Les domaines d’activités dominantes
Le même article 10 ouvre une possibilité précieuse pour un généraliste : faire état de ses domaines d’activités dominantes, à deux conditions :
- trois domaines au plus ;
- une pratique professionnelle effective et habituelle dans chacun d’eux.
C’est la base de la méthode. Plutôt que d’aligner huit matières, choisissez les trois domaines où votre pratique est la plus régulière, et présentez le reste comme une pratique générale.
Les formulations sûres
| À éviter sans certificat | À préférer | |---|---| | spécialisé en droit de la famille | intervient principalement en droit de la famille | | spécialiste du droit du travail | pratique dominante : droit du travail, côté salariés | | avocat spécialisé en divorce | domaines d’activités dominantes : famille, travail, contrats | | expert en droit pénal | assure la défense pénale devant le tribunal correctionnel |
Regrouper sa pratique en quelques domaines d’intervention
Partir de son activité réelle
Avant d’écrire, faites un relevé honnête de votre activité sur l’année écoulée : nombre de dossiers ouverts par matière, audiences par juridiction, part du conseil et du contentieux, part de l’aide juridictionnelle. Ce relevé vous dira quels sont vos domaines dominants, qui ne sont pas toujours ceux que vous préférez.
Construire trois blocs
Organisez ensuite la description de votre pratique en trois blocs au plus, chacun associé à des actes et à des juridictions. Un exemple pour un avocat en cabinet individuel dans une ville moyenne :
- Famille et personnes : divorces amiables et judiciaires, autorité parentale, liquidations simples en lien avec les notaires, mesures de protection des majeurs.
- Travail, côté salariés : contestations de licenciement, rappels de salaire, ruptures conventionnelles contestées devant le conseil de prud’hommes.
- Contrats et recouvrement pour les artisans et commerçants : injonctions de payer, litiges avec des clients ou des fournisseurs, baux commerciaux simples.
Le reste de l’activité (dossiers pénaux occasionnels, droit de la consommation, quelques successions) peut tenir dans une ligne « pratique générale » ou dans les puces d’expérience.
Éviter l’effet catalogue
Ce qui donne l’impression de dispersion, ce n’est pas la variété des dossiers, c’est l’absence de hiérarchie. Une liste plate de matières sans ordre ni volume se lit comme un catalogue. Trois blocs hiérarchisés, avec des actes concrets, se lisent comme une pratique maîtrisée.
Clients, juridictions, volume : ce qui rassure
Un associé ou un confrère qui envisage de travailler avec un généraliste cherche à savoir trois choses : qui il défend, où il plaide, combien de dossiers il tient.
Les clients
Décrivez les types de clientèle : particuliers, artisans et commerçants, petites entreprises, associations, collectivités. Précisez le côté lorsqu’il est structurant (salariés ou employeurs en droit du travail, bailleurs ou locataires en baux). Aucun nom, évidemment, et aucune affaire identifiable.
Les juridictions
Citez les juridictions devant lesquelles vous plaidez régulièrement : tribunal judiciaire, juge aux affaires familiales, conseil de prud’hommes, tribunal de commerce, tribunal correctionnel, cour d’appel du ressort. Pour un généraliste, cette liste prouve la polyvalence mieux que la liste des matières.
Le volume et l’autonomie
Donnez des ordres de grandeur : nombre de dossiers actifs, fréquence des audiences, part des dossiers traités de bout en bout. Mentionnez la pratique de l’aide juridictionnelle, des commissions d’office et des permanences, qui demandent rapidité et sang-froid.
Comparez :
- Avant : « Pratique généraliste : droit de la famille, droit du travail, droit pénal, droit des contrats, droit de la consommation. »
- Après : « Cabinet individuel, une soixantaine de dossiers actifs : famille (divorces, autorité parentale) devant le juge aux affaires familiales, contentieux prud’homal côté salariés, recouvrement pour des artisans ; permanences pénales et aide juridictionnelle. »
Le CV pré-rempli d’avocat en droit de la famille montre comment présenter un volume de dossiers et une pratique d’audience, et l’article CV d’avocat en droit de la famille détaille la façon de décrire ces procédures.
Le CV pour une association ou une collaboration
Rejoindre un cabinet comme collaborateur
Si vous quittez un exercice individuel pour une collaboration, le cabinet vise souvent une matière précise. Mettez en tête le domaine qui correspond au poste, développez-le, et présentez les autres domaines comme une expérience complémentaire. Votre polyvalence devient alors un atout : autonomie, habitude de la clientèle, aisance à l’audience.
Proposer une association
Pour une association avec un ou plusieurs confrères, le CV s’accompagne généralement d’une présentation de votre clientèle et de votre activité. Le CV doit montrer la complémentarité : quels domaines vous apportez que le cabinet ne couvre pas, quelle clientèle, quelles juridictions. Une pratique générale est souvent appréciée dans les structures qui veulent offrir un service complet à leur clientèle locale.
Passer d’une pratique générale à une pratique ciblée
Beaucoup d’avocats généralistes finissent par resserrer leur pratique, par goût ou parce que le marché local le demande. La transition se prépare.
- Identifier le domaine à développer, à partir de l’activité réelle et des demandes de la clientèle.
- Augmenter la part de ce domaine dans l’activité, en acceptant davantage de dossiers de ce type et en refusant progressivement d’autres.
- Se former : formation continue ciblée, diplôme d’université, groupes de travail de l’ordre.
- Envisager le certificat de spécialisation une fois la pratique suffisamment longue et documentée dans le domaine.
- Faire évoluer le CV et les supports de communication au fur et à mesure, en gardant les formulations autorisées jusqu’à l’obtention du certificat.
Le CV pré-rempli d’avocat en droit immobilier montre ce qu’un CV peut devenir après ce resserrement, et l’article quelles compétences mettre en avant sur un CV d’avocat aide à choisir les savoir-faire à valoriser.
Quand le contenu est prêt, le générateur d’AvocatCV vous évite la mise en page : il propose une structure adaptée aux avocats et un PDF que les outils de tri lisent sans erreur, ce qui compte si vous candidatez auprès de cabinets plus structurés.
Questions fréquentes
Peut-on écrire « avocat généraliste » sur un CV ?
Oui, l’expression n’est pas réservée. Elle gagne à être complétée par vos domaines d’activités dominantes, pour donner au lecteur des repères.
Peut-on citer plus de trois domaines ?
Le RIN limite à trois le nombre de domaines d’activités dominantes revendiqués. Vous pouvez décrire d’autres matières dans vos expériences, sans les présenter comme des domaines dominants.
L’aide juridictionnelle doit-elle figurer sur le CV ?
Oui, si elle représente une part significative de votre activité. Elle témoigne d’une capacité à traiter du volume et d’une connaissance des procédures d’urgence.
Un généraliste peut-il obtenir une mention de spécialisation ?
Oui, s’il justifie d’une pratique professionnelle suffisante dans le domaine visé et réussit l’entretien de validation. Consultez les conditions publiées par le CNB avant de constituer le dossier.