Le diplôme d’études supérieures du notariat en poche, le jeune diplômé n’est pas encore notaire au sens plein du terme. Il peut l’exercer de plusieurs façons, qui n’engagent ni les mêmes responsabilités, ni les mêmes revenus, ni le même risque : rester salarié d’un office, s’associer en rachetant des parts d’une société titulaire d’un office, ou devenir titulaire, en reprenant un office existant ou en candidatant à un office créé.
Cet article compare ces trois voies, détaille ce que chacune suppose, explique le mécanisme des offices créés et du tirage au sort, puis donne quelques repères pour choisir selon son projet et son territoire. Il termine par la façon de présenter sa pratique des actes sur un CV, quel que soit le statut visé.
Les trois statuts du notaire diplômé
Selon l’Institut national des formations notariales 🔗, le titulaire du DESN peut devenir notaire assistant, notaire salarié, notaire associé ou titulaire de son propre office. On peut les regrouper en trois grandes situations.
| Statut | Nomination | Signature des actes | Investissement | Clientèle | |---|---|---|---|---| | Notaire assistant ou diplômé salarié non nommé | aucune | non, les actes sont signés par un notaire en titre | aucun | celle de l’office | | Notaire salarié | arrêté du garde des Sceaux | oui, en tant qu’officier public | aucun | celle de l’office | | Notaire associé ou titulaire | arrêté du garde des Sceaux | oui | rachat de parts, d’un office ou création | la sienne ou celle de la société |
Le premier statut est souvent une étape, le temps de trouver un poste de notaire salarié ou un projet d’association. Les deux suivants sont de véritables choix de carrière.
Notaire salarié : ce que change le titre
Une vraie fonction d’officier public
Le notaire salarié est nommé par arrêté du garde des Sceaux, comme un notaire associé ou titulaire. Il a la qualité d’officier public et ministériel : il reçoit et signe les actes authentiques, prête serment, et engage sa responsabilité professionnelle. La différence avec l’associé tient à sa situation économique : il est lié à l’office par un contrat de travail et perçoit un salaire.
Les avantages
- Pas d’investissement : aucun rachat de parts ni de prêt à souscrire.
- Une rémunération régulière, encadrée par la convention collective du notariat et le contrat de travail.
- Une montée en responsabilité : le notaire salarié signe ses actes, suit sa propre clientèle au sein de l’office, encadre parfois des collaborateurs.
Les limites
- Pas de clientèle propre au sens patrimonial : les clients restent ceux de l’office.
- Une moindre participation aux résultats que celle d’un associé, même si certains contrats prévoient une part variable.
- Une dépendance à l’organisation de l’office et aux décisions des associés.
Beaucoup de notaires salariés deviennent ensuite associés de l’office où ils exercent, quand l’occasion se présente : le salariat est alors une période de test réciproque.
Devenir associé : apport, parts, négociation
Le principe
La plupart des offices sont exploités par des sociétés (sociétés civiles professionnelles, sociétés d’exercice libéral, sociétés commerciales selon les formes admises). Devenir associé, c’est acquérir des parts ou des actions de cette société, soit en rachetant celles d’un associé qui part, soit par une augmentation de capital.
Le prix et le financement
Le prix des parts dépend de la valeur de l’office, appréciée notamment au regard de son chiffre d’affaires et de sa rentabilité. Il se négocie entre les parties et se finance le plus souvent par un emprunt bancaire, remboursé sur les revenus d’associé. Un accompagnement par un expert-comptable spécialisé dans le notariat est recommandé pour évaluer la rentabilité réelle et la capacité de remboursement.
Les points à négocier
- La valeur des parts et sa méthode de calcul.
- La répartition des bénéfices entre associés, qui ne suit pas toujours la répartition du capital.
- La gouvernance : prise de décision, répartition des tâches de gestion, organisation des services.
- Les conditions de sortie : retrait, cession future des parts, clause de non-réinstallation.
La nomination
L’opération est soumise à l’agrément du garde des Sceaux, qui nomme le nouvel associé notaire par arrêté. Le dossier est instruit par les services de la chancellerie, avec l’avis des instances de la profession.
La logique est proche de celle de l’association en cabinet d’avocats, que décrit l’article devenir associé dans un cabinet d’avocats, mais la valeur patrimoniale de l’office et la nomination par l’État en font une démarche plus formalisée.
Les offices créés et le tirage au sort
Le principe de la liberté d’installation encadrée
Depuis la loi du 6 août 2015, un notaire diplômé peut demander à être nommé dans un office créé, dans les zones où l’installation est libre. Ces zones sont fixées par une carte établie par les ministres de la justice et de l’économie, sur proposition de l’Autorité de la concurrence.
La carte 2026-2031
Dans son avis n° 26-A-03 du 25 février 2026 🔗, l’Autorité de la concurrence propose, pour la première fois sur une période de cinq ans (2026-2031), une carte révisée des zones d’implantation. Un décret de décembre 2025 a en effet allongé de deux à cinq ans la périodicité de cet avis. L’Autorité recommande la création d’offices permettant l’installation libérale de 261 nouveaux notaires sur cette période, en soulignant le ralentissement de l’activité immobilière des années précédentes, et elle recommande que les créations interviennent dans les deux ans suivant le tirage au sort des candidats. Vérifiez sur les sites officiels l’arrêté finalement adopté et le calendrier des candidatures.
Le tirage au sort
Lorsque, dans une zone, le nombre de demandes déposées dès l’ouverture dépasse le nombre de créations recommandées, l’ordre d’examen des demandes est déterminé par tirage au sort. Les candidats retenus doivent ensuite confirmer leur demande dans un délai court, puis être nommés par arrêté.
Ce que suppose une création
Créer un office, c’est créer une entreprise : trouver des locaux, recruter des collaborateurs, s’équiper, financer le démarrage, et surtout constituer une clientèle dans une zone où d’autres offices sont déjà installés. Les zones d’installation libre sont, par construction, celles où l’Autorité estime qu’un besoin existe, mais le démarrage reste exigeant.
Choisir selon son projet et son territoire
Quelques questions aident à choisir.
Quel rapport au risque ? Le salariat n’en comporte presque aucun ; l’association un risque financier mesuré par la valeur des parts ; la création un risque entrepreneurial réel.
Quelle envie de gestion ? Un associé ou un titulaire gère une entreprise : personnel, comptabilité, investissements, relations avec la chambre. Un notaire salarié se concentre davantage sur les actes.
Quel territoire ? Les opportunités d’association, de rachat et de création varient selon les régions et les zones. Un projet familial ou personnel lié à un territoire oriente souvent le choix.
Quelle étape de carrière ? Beaucoup de notaires commencent comme salariés, puis s’associent dans les années qui suivent, quand une opportunité se présente dans un office qu’ils connaissent.
L’article devenir notaire rappelle le parcours qui mène à ces choix.
Mettre en avant sa pratique des actes sur son CV
Quel que soit le statut visé, votre CV sera lu par des notaires qui chercheront à évaluer votre pratique. Trois éléments comptent.
Les types d’actes que vous maîtrisez, regroupés par domaine :
- Avant : « Rédaction d’actes en droit de la famille et en immobilier. »
- Après : « Rédaction et signature de ventes immobilières, de prêts et de donations ; règlement de successions avec liquidations de régimes matrimoniaux ; actes de sociétés civiles immobilières. »
Le volume et l’autonomie : dossiers suivis de bout en bout, rendez-vous de signature conduits seul, encadrement de collaborateurs.
La gestion, si vous visez l’association : participation à l’organisation de l’office, au recrutement, à la comptabilité, au développement de la clientèle.
Le CV pré-rempli de notaire montre la présentation attendue pour un notaire en exercice, et le CV pré-rempli de clerc de notaire celle d’un collaborateur d’office qui prépare ces mêmes actes. Pour mettre le vôtre à jour avant une candidature d’association ou un dossier de création, le générateur d’AvocatCV gère la mise en page et produit un PDF sobre, que les logiciels de tri lisent correctement.
Questions fréquentes
Un notaire salarié peut-il signer des actes ?
Oui. Nommé par arrêté du garde des Sceaux, il a la qualité d’officier public et reçoit les actes authentiques, sous sa responsabilité, au sein de l’office qui l’emploie.
Peut-on candidater à un office créé juste après le diplôme ?
Oui, le diplômé qui remplit les conditions d’aptitude peut déposer une demande dans une zone d’installation libre. Le démarrage d’un office sans expérience préalable de gestion reste toutefois exigeant.
L’association est-elle forcément financée par un emprunt ?
Le plus souvent, oui, compte tenu de la valeur des parts. Le montage dépend de la situation de chacun et se prépare avec un banquier et un expert-comptable.
Peut-on revenir au salariat après avoir été associé ?
Oui, en cédant ses parts et en étant nommé notaire salarié dans un office. C’est un choix moins fréquent, mais possible selon les projets de vie.