Carrière et collaboration7 min23 octobre 2026

Passer un entretien en anglais dans un cabinet international

Dans un cabinet anglo-saxon, une partie de l’entretien bascule en anglais pour tester la langue de travail, pas l’accent. Le vocabulaire juridique utile, les questions classiques et la façon de présenter un dossier sans trahir le secret.

Par Équipe AvocatCV

L’entretien se déroule normalement, en français, depuis vingt minutes. Puis l’associé change de langue sans prévenir : « Could you walk me through a matter you worked on recently? » Dans les cabinets d’origine anglo-saxonne et dans de nombreux cabinets d’affaires français, une partie de l’entretien bascule en anglais. Ce n’est pas un piège, ni un test d’accent : c’est une vérification de la langue de travail, celle dans laquelle vous rédigerez des courriels, négocierez des clauses et échangerez avec des confrères étrangers.

Cet article explique quand et pourquoi l’entretien passe en anglais, comment présenter son parcours, quel vocabulaire juridique utiliser pour décrire un dossier sans trahir le secret professionnel, quelles questions reviennent et comment s’entraîner.

Quand et pourquoi l’entretien bascule en anglais

Les cabinets concernés

  • Les bureaux parisiens de cabinets internationaux, où une partie des dossiers, des réunions et de la documentation se fait en anglais.
  • Les cabinets d’affaires français qui travaillent sur des opérations transfrontalières, en fusions-acquisitions, en financement, en arbitrage ou en contentieux international.
  • Les directions juridiques de groupes internationaux, pour des postes en relation avec des filiales ou une maison mère étrangères.

Ce qui est évalué

L’associé ne cherche pas un accent britannique ou américain. Il veut savoir si vous pouvez :

  • comprendre un interlocuteur qui parle vite, avec un vocabulaire juridique ;
  • vous exprimer clairement sur un sujet technique, sans chercher vos mots à chaque phrase ;
  • rester précis : un « may » au lieu d’un « shall » change le sens d’une clause, un « liability » mal employé crée un malentendu.

Les formats

Parfois quelques questions au milieu d’un entretien en français, parfois un entretien entier avec un associé étranger, parfois un exercice écrit en anglais. Demandez au service de recrutement, sans gêne, si une partie de l’entretien se déroulera en anglais : c’est une question légitime.

Présenter son parcours en anglais

La question d’ouverture revient presque toujours : « Tell me about yourself » ou « Walk me through your CV ». Préparez une réponse de deux minutes, en trois temps.

  1. Votre formation, en traduisant les diplômes de façon compréhensible : « I hold a master’s degree in business law from a French university, and I passed the French bar exam and qualified as an avocat at the Paris bar in 2024. »
  2. Votre expérience la plus pertinente : « Since then, I have been working as an associate in the corporate team of a mid-sized French firm, mainly on acquisitions of private companies. »
  3. Ce que vous cherchez : « I am now looking to join a team with a stronger cross-border practice, where I can work on larger transactions. »

Traduire les institutions françaises

Les intitulés français n’ont pas toujours d’équivalent. Quelques repères :

| En français | En anglais, en entretien | |---|---| | Examen d’accès au CRFPA | the French bar entrance exam | | École d’avocats, CAPA | French bar school, bar qualification (CAPA) | | Prestation de serment | admission to the bar, being sworn in | | Collaborateur | associate | | Associé | partner | | Élève-avocat | trainee lawyer, bar school student | | Master 2 | master’s degree (second year) |

Évitez de traduire « avocat » par « advocate » ou « barrister » : « lawyer » ou « avocat at the Paris bar » sont plus justes. L’article CV d’avocat en anglais pour un cabinet international donne d’autres équivalences pour le CV lui-même.

Décrire un dossier : le vocabulaire juridique utile

La question qui suit presque toujours est : « Tell me about a matter you are proud of. » C’est là que la précision du vocabulaire compte, et que le secret professionnel s’applique comme en français.

Respecter le secret en anglais

Décrivez le dossier par sa nature, son enjeu et votre rôle, sans nom de client :

« I worked on the acquisition of a French industrial company by a private equity fund. I was in charge of the legal due diligence on commercial contracts, and I drafted the first version of the disclosure letter. »

La méthode est détaillée dans notre article sur les dossiers et le secret professionnel. Elle vaut à l’oral, dans toutes les langues.

Le vocabulaire du conseil et des opérations

  • share purchase agreement (SPA), asset purchase agreement : protocole de cession de titres, d’actifs ;
  • representations and warranties, indemnity, W&I insurance : déclarations et garanties, indemnisation, assurance de garantie ;
  • conditions precedent, signing, closing : conditions suspensives, signature, réalisation ;
  • shareholders’ agreement, drag-along, tag-along, leaver provisions : pacte d’associés et ses clauses de sortie ;
  • due diligence report, red flags : rapport d’audit, risques majeurs.

Le vocabulaire du contentieux et de l’arbitrage

  • statement of claim, statement of defence : mémoire en demande, en défense ;
  • written submissions : conclusions (et non « conclusions ») ;
  • hearing, ruling, judgment, award : audience, décision, jugement, sentence arbitrale ;
  • summary proceedings, interim relief : référé, mesures provisoires ;
  • case law : jurisprudence (« jurisprudence » a un autre sens en anglais).

Les faux amis à éviter

« Actually » ne veut pas dire « actuellement », « eventually » ne veut pas dire « éventuellement », « to pretend » ne veut pas dire « prétendre ». En droit, « avocat », « conclusions » et « jurisprudence » sont des pièges classiques.

Le CV pré-rempli d’avocat en arbitrage international et le CV pré-rempli d’avocat en private equity emploient ce vocabulaire en contexte, ce qui permet de préparer ses réponses à partir de son propre CV.

Les questions classiques et leurs pièges

« Why our firm? »

Le piège : une réponse générique (« a leading international firm »). La bonne réponse cite une pratique, un type d’opérations, une équipe, et la relie à votre parcours.

« What is your biggest weakness? »

Le piège : la fausse faiblesse (« I am a perfectionist »). Choisissez une vraie faiblesse, sans gravité pour le poste, et dites ce que vous faites pour la corriger.

« How would you explain this clause to a client? »

On vous présente une clause en anglais, souvent une limitation de responsabilité ou une clause de résiliation. Le piège : se perdre dans la traduction littérale. Expliquez son effet pratique, simplement.

« Where do you see yourself in five years? »

Le piège : promettre l’association ou, à l’inverse, annoncer un départ en entreprise. Parlez de compétences et de responsabilités : « I would like to be a senior associate leading transactions and supervising junior lawyers. » L’article counsel en cabinet d’avocats explique les titres que vous pourriez évoquer.

« Do you have any questions for us? »

Ayez deux questions prêtes en anglais, sur l’organisation de l’équipe, la part des dossiers internationaux ou la formation des collaborateurs.

Quand vous ne comprenez pas

Le pire est de répondre à côté. Demandez simplement : « Could you rephrase the question? » ou « Do you mean…? ». C’est une pratique normale entre professionnels.

S’entraîner avant le jour J

Quelques semaines de préparation régulière font une vraie différence.

  • Rédigez puis dites à voix haute votre présentation et la description de deux dossiers, jusqu’à pouvoir les dire sans notes.
  • Enregistrez-vous et réécoutez : vous repérerez vos hésitations et vos faux amis.
  • Lisez la presse juridique et économique en anglais pendant quelques semaines, pour retrouver les tournures.
  • Simulez un entretien avec un collègue ou un ami anglophone, en lui demandant de vous interrompre.
  • Relisez votre CV en anglais : chaque ligne peut donner lieu à une question.

Certains candidats choisissent aussi de passer un test de langue reconnu pour pouvoir indiquer un niveau sur leur CV ; un séjour d’études ou un LL.M. remplit le même rôle.

Votre CV, en français ou en anglais, doit refléter ce niveau sans exagération : une question en anglais suffit à vérifier une mention « bilingue ». Le générateur d’AvocatCV permet de préparer les deux versions avec la même mise en page, et produit des PDF lisibles par les outils de tri des cabinets internationaux, qui en utilisent souvent. L’article préparer un entretien de collaboration en cabinet complète cette préparation pour la partie en français.

Questions fréquentes

Faut-il un accent parfait ?

Non. Les associés recherchent une langue claire et précise, pas un accent. Un accent prononcé n’est pas un problème tant que vous êtes compréhensible et que votre vocabulaire est juste.

Peut-on demander à revenir au français ?

Mieux vaut éviter si l’entretien teste justement la langue. En revanche, demander de reformuler une question est tout à fait normal.

Faut-il préparer des réponses par cœur ?

Préparez des structures et des exemples, pas des textes appris : une réponse récitée se repère vite et sonne faux dès que la question change.

Le niveau d’anglais est-il décisif pour une première collaboration ?

Dans un cabinet international, il fait partie des critères essentiels. Dans un cabinet français, il est un atout fort pour les pratiques transactionnelles et l’arbitrage.

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