Sur une carte de visite, rien ne distingue un avocat de conseil d’un avocat de contentieux. Dans les faits, leurs journées n’ont presque rien en commun. L’un rédige et négocie pour que le litige n’arrive jamais ; l’autre construit une argumentation pour le gagner quand il est là. Les deux pratiques mobilisent les mêmes connaissances juridiques, mais pas les mêmes réflexes, ni le même rapport au temps et au client.
Le choix se fait souvent par hasard, au gré d’un stage ou d’une première collaboration. Cet article propose de le faire en connaissance de cause : il décrit le quotidien d’un collaborateur dans chaque pratique, les profils qui s’y épanouissent, les passerelles possibles et la façon d’orienter ses stages et son CV.
Deux métiers sous le même titre
Le conseil regroupe tout ce qui précède ou évite le juge : rédaction de contrats, opérations de sociétés, audits juridiques, consultations, structuration d’une opération, négociation avec la partie adverse. Les pratiques de corporate, de fusions-acquisitions, de financement, de droit fiscal, de propriété intellectuelle contractuelle ou de droit social « côté conseil » en relèvent largement.
Le contentieux commence quand un différend est né : assignations, conclusions, plaidoiries, expertises, référés, exécution des décisions, arbitrage. Les pratiques de contentieux commercial, de droit pénal, de droit de la famille, de droit public contentieux ou de prud’hommes en relèvent.
La frontière n’est pas étanche. Un avocat en droit social conseille l’employeur sur une restructuration puis défend la même entreprise devant le conseil de prud’hommes. Un avocat en droit de la famille négocie un divorce par consentement mutuel avant de plaider une liquidation judiciaire du régime. Les petites structures et les cabinets généralistes pratiquent souvent les deux. Mais dans les cabinets d’affaires de taille moyenne ou grande, les équipes sont généralement séparées, et un collaborateur s’inscrit dans l’une ou l’autre.
Le guide du Conseil national des barreaux sur le choix d’une école d’avocats 🔗 relève d’ailleurs que les cabinets qui recrutent le plus d’élèves-avocats sont des structures d’au moins quelques avocats, avec une activité de conseil et une clientèle professionnelle : c’est un élément à garder en tête, sans qu’il doive décider à votre place.
Le quotidien d’un collaborateur en conseil
Une semaine type d’un collaborateur junior en conseil ressemble à ceci :
- de la rédaction, beaucoup de rédaction : projets de contrats, de protocoles, de pactes, de procès-verbaux, de notes de consultation ;
- des allers-retours de versions avec les conseils de l’autre partie, la gestion des commentaires, la tenue de tableaux de suivi ;
- des audits : revue de contrats, de statuts, de baux, dans une data room, et la synthèse des risques dans un rapport ;
- des réunions et des appels avec le client et la partie adverse, d’abord en observateur, puis en prenant la parole sur les points techniques ;
- des pics d’activité liés aux calendriers d’opérations : signature, closing, assemblée générale.
Le rythme est celui du projet. Une opération peut durer quelques semaines ou plusieurs mois, avec des phases très intenses avant une signature. Le résultat se mesure à la qualité du document final et à l’absence de litige ensuite, ce qui rend la satisfaction plus diffuse qu’un jugement gagné.
Le CV pré-rempli d’avocat d’affaires montre ce que l’on attend d’un profil de conseil en corporate.
Le quotidien d’un collaborateur en contentieux
En contentieux, la semaine s’organise autour du calendrier procédural :
- l’analyse d’un dossier : lecture des pièces, chronologie des faits, identification des fondements juridiques ;
- la recherche : jurisprudence, doctrine, décisions des juridictions du fond ;
- la rédaction d’actes : assignations, conclusions, notes en délibéré, mémoires d’arbitrage, dires à expert ;
- les audiences : d’abord pour des renvois et des audiences de procédure, puis des plaidoiries ;
- la gestion des délais, qui est une obligation de résultat : un délai manqué peut faire perdre un procès.
Le rythme est celui des échéances fixées par les juridictions et par l’adversaire. Il y a moins de nuits blanches liées à une signature, mais une pression constante sur la qualité de l’argumentation et le respect des délais. Le résultat est binaire et visible : une décision, favorable ou non.
Le guide CV d’avocat en contentieux des affaires et le CV pré-rempli d’avocat en contentieux décrivent ce qu’un associé de contentieux cherche chez un collaborateur.
Qualités et profils : où vous situer
Aucun test ne dira à votre place quelle pratique vous convient. Quelques questions honnêtes aident à se situer.
Aimez-vous construire ou défendre ? Le conseil consiste à bâtir un équilibre contractuel qui tienne dans le temps. Le contentieux consiste à défendre une position, parfois difficile, face à un adversaire.
Comment vivez-vous la confrontation ? Négocier une clause avec un confrère poli et plaider face à un confrère combatif devant un juge ne demandent pas le même tempérament. Les deux supposent de la fermeté, mais le contentieux expose davantage.
Préférez-vous le détail ou le récit ? Le conseil exige une attention extrême aux mots d’un contrat et à leurs conséquences. Le contentieux exige aussi de la précision, mais il demande en plus de raconter une histoire convaincante à partir de faits épars.
Quel rapport au temps ? Les opérations de conseil suivent le calendrier du client et des marchés. Le contentieux suit celui de la procédure, plus prévisible, mais plus long : un dossier peut durer plusieurs années.
Quel lien avec le client ? En conseil, le client est souvent un directeur juridique ou un dirigeant qui attend une solution opérationnelle. En contentieux, il attend une stratégie et un résultat, et il vit souvent le litige comme une épreuve.
Changer de pratique en cours de route
Le choix n’est pas définitif, mais il devient plus coûteux avec les années.
- Dans les deux ou trois premières années, passer du conseil au contentieux ou l’inverse reste courant. Les associés savent qu’un junior se forme vite, et une première expérience dans l’autre pratique est souvent vue comme un atout.
- Au-delà, le changement se fait plutôt dans une même matière : un avocat en droit social passe du conseil au contentieux prud’homal, un avocat corporate rejoint une équipe de contentieux des sociétés ou de contentieux post-acquisition.
- Certaines pratiques font le pont : le contentieux des affaires lié aux opérations (garanties de passif, earn-out), l’arbitrage, les procédures collectives, la conformité et les enquêtes internes.
Pour réussir ce passage, il faut le préparer : se faire confier quelques dossiers de l’autre pratique dans son cabinet actuel, suivre une formation, et le dire clairement dans sa candidature. L’article changer de cabinet quand on est avocat aborde la présentation d’un tel virage.
Orienter ses stages et son CV
Les stages sont le meilleur moyen de tester les deux pratiques avant de choisir. Une stratégie simple pour un étudiant :
- En master, un stage dans chaque pratique, si possible dans des structures de tailles différentes.
- En école d’avocats, un PPI qui complète le stage final : un PPI en direction juridique pour qui vise le conseil, en juridiction pour qui vise le contentieux, par exemple.
- Pour le stage final, la pratique que vous voulez exercer en collaboration, puisque c’est souvent là que se joue la première proposition.
L’article entretien de stage en cabinet d’avocats détaille la façon de présenter ce projet en entretien, et le guide sur le choix du master 2 aide à construire le parcours en amont.
Sur le CV, la pratique visée doit se lire dès l’accroche. Comparez :
- Avant : « Élève-avocat motivé, intéressé par le droit des affaires. »
- Après : « Élève-avocat, stage final en contentieux commercial (rédaction de conclusions, audiences de procédure), à la recherche d’une collaboration en contentieux des affaires. »
Les expériences doivent ensuite parler le langage de la pratique : actes et audiences en contentieux, documents et opérations en conseil. Pour mettre ce vocabulaire en forme rapidement, le générateur d’AvocatCV propose une structure adaptée aux candidatures en cabinet et un PDF que les logiciels de tri lisent correctement, ce qui évite qu’une mise en page fragile fasse écarter votre dossier avant la lecture.
Questions fréquentes
Peut-on faire du conseil et du contentieux en même temps ?
Oui, dans les cabinets généralistes, les petites structures et certaines matières (droit social, droit de la famille, droit immobilier). Dans les cabinets d’affaires de taille moyenne ou grande, les équipes sont le plus souvent séparées.
Le contentieux est-il plus difficile d’accès pour un débutant ?
Pas nécessairement. Les cabinets de contentieux recrutent des juniors pour la recherche et la rédaction d’actes. Ils regardent surtout la qualité de la rédaction et la rigueur sur la procédure.
La plaidoirie est-elle indispensable en contentieux ?
Elle reste importante, mais la part écrite domine dans de nombreuses procédures. Un collaborateur junior rédige beaucoup plus qu’il ne plaide, surtout dans les premières années.
Le conseil paie-t-il mieux que le contentieux ?
La rétrocession dépend surtout du cabinet, du barreau et de l’ancienneté, plus que de la pratique. Les écarts tiennent davantage à la taille et à la clientèle du cabinet qu’au choix entre conseil et contentieux.