Un associé en contentieux des affaires lit un CV comme il lit un jeu de conclusions : il cherche la structure, les faits utiles et la preuve de ce qui est avancé. Un collaborateur qui écrit « suivi de dossiers contentieux variés » ne lui apprend rien. Celui qui précise la juridiction, le stade de la procédure et la pièce qu’il a rédigée lui donne, en quelques lignes, une idée de ce qu’il pourra lui confier dès la première semaine.
Ce guide s’adresse aux élèves-avocats, aux collaborateurs de une à huit années d’expérience et aux juristes qui visent un département contentieux. Il couvre ce que les associés examinent, la structure qui fonctionne, la manière de décrire vos dossiers sans porter atteinte au secret professionnel et les formulations à reprendre ou à éviter.
Ce que regardent les associés en contentieux des affaires
La maîtrise de la procédure, pas seulement du fond
Le contentieux des affaires est d’abord une matière procédurale. Un associé veut savoir si vous connaissez les juridictions devant lesquelles le cabinet plaide et les outils qu’il utilise au quotidien : référés, mesures d’instruction in futurum sur le fondement de l’article 145 du Code de procédure civile, incidents devant le juge de la mise en état, procédures à jour fixe, voies d’exécution.
Les juridictions comptent. Depuis le 1er janvier 2025, douze tribunaux de commerce, dont ceux de Paris, Nanterre, Lyon et Marseille, ont été remplacés à titre expérimental par des tribunaux des activités économiques, pour une durée de quatre ans (arrêté du 5 juillet 2024). Mentionner la bonne dénomination selon la date du dossier montre que vous suivez l’actualité de votre matière. Il en va de même pour la chambre commerciale internationale de la cour d’appel de Paris, ou pour les juridictions spécialement désignées en matière de rupture brutale des relations commerciales établies (article L. 442-4 du Code de commerce).
La plume
Un département contentieux produit des écritures. L’associé cherche des indices de votre capacité rédactionnelle : type d’actes rédigés (assignations, conclusions, notes en délibéré, requêtes), degré d’autonomie (premier jet, version finale relue), et le cas échéant publications dans des revues juridiques ou participation à des concours de plaidoirie.
L’aptitude à absorber un dossier volumineux
Expertises judiciaires, contentieux post-acquisition, litiges de construction ou de distribution : les dossiers comportent souvent des milliers de pièces. Les lignes qui montrent que vous savez organiser une production de pièces, piloter une chronologie ou travailler avec un expert-comptable ou un expert technique rassurent sur ce point.
Le positionnement : contentieux étatique, arbitrage ou pré-contentieux
Un cabinet qui pratique l’arbitrage international lira attentivement vos langues, vos expériences auprès d’institutions comme la CCI et votre connaissance des règlements d’arbitrage. Un cabinet orienté contentieux commercial français regardera davantage votre pratique des juridictions consulaires et des cours d’appel. Clarifiez votre centre de gravité en tête de CV.
Structure recommandée
Un CV de contentieux tient sur une page jusqu’à cinq ou six ans d’expérience environ. Au-delà, deux pages se justifient si la seconde contient des informations utiles, et non des stages anciens détaillés.
- En-tête : nom, téléphone, adresse électronique, barreau d’inscription et année de prestation de serment. Pour un élève-avocat, indiquez l’école (HEDAC, EFB, etc.) et la date prévue du CAPA.
- Titre de positionnement : une ligne, par exemple « Avocat collaborateur — contentieux commercial et arbitrage ».
- Expérience professionnelle : ordre antichronologique, trois à cinq lignes par poste, centrées sur les types de dossiers et vos actes.
- Formation : master 2, CRFPA, LL.M. éventuel, avec les mentions obtenues.
- Langues et outils : niveau réel d’anglais juridique, bases de données (Dalloz, Lexis 360, Doctrine), plateformes de communication électronique avec les juridictions (e-barreau, RPVA).
- Activités complémentaires : enseignement en travaux dirigés, publications, concours de plaidoirie.
Le titre « avocat » ne s’utilise qu’après la prestation de serment et l’inscription à un barreau. Avant cela, vous êtes élève-avocat, ou titulaire du CAPA dans l’attente de votre serment. Une confusion sur ce point est immédiatement relevée.
Pour gagner du temps, vous pouvez partir d’une base déjà structurée : ouvrir le CV d’avocat en contentieux pré-rempli, puis remplacer chaque ligne par vos propres dossiers.
Décrire vos dossiers sans violer le secret professionnel
Ce que couvre le secret
Le secret professionnel de l’avocat est prévu par l’article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971. L’article 2 du Règlement intérieur national (RIN) le qualifie de général, absolu et illimité dans le temps, et précise qu’il couvre notamment le nom des clients, les pièces du dossier, les correspondances et l’agenda de l’avocat. Le RIN ne prévoit qu’une exception ciblée : dans une procédure d’appel d’offres, l’avocat peut faire état de références nominatives avec l’accord exprès et préalable du client.
Un CV adressé à un cabinet n’entre pas dans cette exception. Le nom d’un client, celui de la partie adverse ou un détail permettant de les identifier n’y a pas sa place, même si la décision a été publiée ou si l’affaire a fait l’objet d’articles de presse.
La méthode : nature, enjeu, juridiction, stade, rôle
Remplacez l’identité par cinq éléments qui intéressent réellement l’associé :
- La nature du litige : rupture brutale, garantie de passif, concurrence déloyale, responsabilité de dirigeants, contentieux post-acquisition.
- Le secteur, de manière suffisamment large : « un distributeur de matériel médical », « un fonds d’investissement », et non une description qui renvoie à une seule société.
- La juridiction et le stade : référé, première instance, appel, cassation (en lien avec un avocat aux Conseils), arbitrage.
- Votre rôle exact : recherche, premier jet, rédaction autonome, plaidoirie, coordination d’experts.
- Un ordre de grandeur si cela n’identifie personne : « enjeu de plusieurs dizaines de millions d’euros » plutôt qu’un montant précis.
Méfiez-vous de la combinaison d’indices. « Un laboratoire pharmaceutique lyonnais dans un litige contre son distributeur exclusif en Belgique en 2024 » peut suffire à identifier les parties. Retirez un ou deux éléments.
Le cas des dossiers en cours
Pour un dossier non jugé, restez encore plus général. Un associé du cabinet d’origine pourrait lire votre CV, et un recruteur attentif interprétera une description trop précise comme un manque de discrétion.
Exemples de lignes avant / après
Référé et mesures d’instruction
Avant :
Gestion de procédures de référé pour des clients importants.
Après :
Rédaction de requêtes sur le fondement de l’article 145 CPC et d’assignations en référé-expertise pour des industriels (secteur automobile, énergie) ; exécution de trois mesures de constat avec commissaire de justice.
Contentieux post-acquisition
Avant :
Participation au dossier de garantie de passif du client X contre Y.
Après :
Contentieux de garantie d’actif et de passif consécutif à la cession d’un groupe de distribution (enjeu de plusieurs dizaines de millions d’euros) : premier jet des conclusions d’appel, pilotage de l’expertise comptable, préparation du dossier de plaidoirie.
Arbitrage
Avant :
Travail sur un arbitrage international.
Après :
Arbitrage CCI (siège Paris, langue anglaise) opposant deux acteurs de la construction : rédaction de sections du mémoire en demande, préparation des témoins de fait, gestion de la production documentaire.
Collaborateur senior
Avant :
Autonome sur de nombreux dossiers.
Après :
Gestion directe d’un portefeuille d’une quinzaine de contentieux commerciaux, de la stratégie à la plaidoirie ; encadrement de deux collaborateurs juniors et d’un élève-avocat.
Erreurs fréquentes
- Lister des matières au lieu d’actes. « Droit des contrats, droit de la concurrence, droit des sociétés » ne dit pas ce que vous savez faire. Une ligne sur des conclusions rédigées devant une cour d’appel est plus parlante.
- Se dire « spécialiste » sans certificat. L’article 10 du RIN réserve les mots « spécialiste », « spécialisé », « spécialité » et « spécialisation » aux titulaires d’un certificat de spécialisation délivré par le CNB. Un CV envoyé à un cabinet n’est pas une publicité, mais l’associé qui vous lit connaît la règle. Parlez de « pratique dominante » ou de « contentieux commercial ». Pour en savoir plus, consultez notre article sur la mention de spécialisation CNB.
- Afficher des taux de succès. « 90 % de dossiers gagnés » n’a pas de sens en contentieux, où l’issue dépend de la qualité du dossier transmis par le client, et la déontologie proscrit toute mention trompeuse ou comparative.
- Nommer des clients ou des adversaires, y compris dans une rubrique « références ».
- Oublier les juridictions. Un CV de contentieux sans aucune juridiction citée paraît théorique.
- Détailler longuement des stages de master 1 alors que vous avez trois ans de collaboration.
Adapter le CV selon le cabinet visé
Pour un cabinet international, rédigez une version anglaise soignée et mettez en avant l’arbitrage, les procédures transfrontalières et la coordination avec des bureaux étrangers ; notre guide sur le CV d’avocat en anglais pour un cabinet international détaille les équivalences de titres. Pour une boutique de contentieux, insistez sur l’autonomie, la plaidoirie et la relation directe avec le client. Pour un cabinet généraliste de taille moyenne, montrez que vous pouvez passer d’un référé commercial à un litige de bail commercial sans temps d’adaptation.
Si vous préparez un changement de cabinet, anticipez aussi les questions d’entretien sur vos dossiers : notre article sur l’entretien de collaboration en cabinet d’avocats vous aidera à les présenter oralement avec la même discrétion que sur le papier.
Conclusion
Un bon CV de contentieux se lit comme un bordereau de pièces bien tenu : chaque ligne prouve quelque chose, rien n’identifie un client, et l’associé comprend en trente secondes où vous serez utile. Pour démarrer sur une base déjà rédigée selon ces principes, ouvrez le CV d’avocat en contentieux pré-rempli et adaptez-le à votre parcours.
Le CV décortiqué, section par section
Chaque capture est extraite du CV présenté plus haut. Sous chacune : ce qui la rend efficace, et ce que vous devez y mettre de vous.
1. En-tête et accroche
Barreau, ancienneté et domaine de contentieux en une phrase

L’accroche donne l’essentiel avant toute lecture des expériences : le barreau, l’ancienneté, la nature du contentieux et le niveau de collaboration recherché. Elle ne contient aucun adjectif de valeur.
Ce qui fonctionne
- « Avocat au barreau de Paris (serment 2022) » fixe la juridiction habituelle et l’ancienneté, qui conditionnent le niveau de rétrocession proposé.
- « contentieux commercial » et « procédures d’urgence » nomment les deux blocs que le CV développe ensuite, ce qui évite tout décalage entre l’accroche et les puces.
- « conduire les dossiers de l’assignation à la plaidoirie » annonce l’autonomie complète, que les expériences viennent démontrer par des types de litiges précis.
À adapter à votre parcours : Reprenez votre barreau et votre année de serment, nommez vos deux ou trois types de litiges dominants et précisez le niveau de collaboration visé.
2. Formation
CAPA et Master 2 de contentieux, en deux lignes

Après quatre ans de pratique, la formation sert à vérifier la cohérence du parcours. Les deux lignes retenues montrent que le diplôme et le stage de fin d’école préparaient directement la pratique actuelle.
Ce qui fonctionne
- Le « PPI de 6 mois en équipe contentieux et arbitrage d’un cabinet d’affaires » relie l’école d’avocats au métier exercé : l’orientation est choisie dès la formation.
- Les matières « procédure civile approfondie, voies d’exécution, arbitrage, droit des entreprises en difficulté » correspondent aux puces d’expérience, ce qui rend le CV cohérent de haut en bas.
- La mention bien au Master 2 est précisée une fois, sans surcharge, après quatre ans d’exercice.
À adapter à votre parcours : Gardez deux lignes de formation et ne citez que les matières de Master réellement utiles au contentieux que vous visez.
3. Expériences
Deux collaborations décrites par litiges et par juridiction

Chaque expérience commence par la taille du cabinet et un contexte chiffré, puis aligne des puces par type de procédure. C’est la lecture dont un associé a besoin pour estimer la charge qu’il peut confier dès l’arrivée.
Ce qui fonctionne
- « rupture brutale de relations commerciales établies (art. L. 442-1 C. com.) » devant « le tribunal des activités économiques de Paris et la cour d’appel de Paris » nomme le litige, le texte et la juridiction, avec des « enjeux de 0,5 à 8 M€ ».
- « Participation à un arbitrage CCI (siège Paris) » est qualifiée comme une participation : le rôle tenu est dit avec honnêteté, ce qui rend crédibles les dossiers conduits seul.
- « Encadrement de 2 élèves-avocats et d’un collaborateur junior » signale une capacité à monter en responsabilité, exactement ce que cherche une collaboration senior.
À adapter à votre parcours : Pour chaque collaboration, indiquez la taille du cabinet, le nombre de dossiers actifs, puis les litiges, les juridictions et des fourchettes d’enjeux, sans jamais identifier un client.
4. Compétences et centres d’intérêt
Techniques, outils et enseignement qui servent le métier

Le bloc final sépare les techniques des outils, qualifie les langues par leur usage et ajoute une activité d’enseignement. L’ensemble complète le profil sans répéter les expériences.
Ce qui fonctionne
- La ligne « Techniques » reprend le vocabulaire des offres de contentieux : « procédures d’urgence (référé, requête), expertise judiciaire, voies d’exécution, arbitrage CCI ».
- « Anglais juridique (courant — plaidoirie et écritures) » rattache le niveau à un usage réel, confirmé par la procédure en anglais devant la chambre commerciale internationale.
- Les « TD de procédure civile en Licence 3 (2 groupes, 60 étudiants) » ajoutent une preuve de maîtrise des fondamentaux, datée et chiffrée.
À adapter à votre parcours : Listez les outils que vous ouvrez réellement chaque semaine, rattachez chaque langue à un usage en dossier et ne gardez que les activités dont vous pouvez parler cinq minutes.
Questions fréquentes
Puis-je citer une décision publiée à laquelle j’ai contribué ?
Le secret couvre le nom des clients, même lorsque la décision est publique. Vous pouvez mentionner la nature du litige et la juridiction, et, avec prudence, l’existence d’une décision publiée sur une question de principe, sans référence permettant de retrouver les parties. En cas de doute, demandez l’avis de l’associé qui a conduit le dossier.
Faut-il indiquer mon année de prestation de serment ?
Oui. Elle permet à l’associé de situer immédiatement votre séniorité et de la rapprocher des grilles de collaboration du cabinet. Précisez également le barreau d’inscription.
Comment présenter une expérience en direction juridique dans un CV de contentieux ?
Mettez en avant le pilotage des avocats externes, la gestion du risque contentieux et la préparation des dossiers en amont (collecte de pièces, chronologies). Ces compétences sont appréciées d’un cabinet, qui y voit une bonne compréhension des attentes du client.
Une page ou deux pour un collaborateur de six ans ?
Deux pages sont acceptables si la seconde apporte des informations utiles : publications, enseignement, dossiers représentatifs anonymisés. Si elle ne contient que des stages anciens, revenez à une page.
